Témoignages
Jonathan Barilier
Vaud
Stratégie protection face au black-rot
- J'ai pu mieux connaitre la maladie.
- J'ai adapté ma stratégie de traitement sur une autre parcelle de Divico ayant des symptômes les années précédentes. Je double les doses de cuivre et de soufre. Je démarre avec 160 g de cuivre métal/ha et je termine avec maximum 300 g. Il serait possible d'utiliser moins de soufre qu'une double dose (pouvant aller à 3kg/ha), cependant, par pragmatisme pour une petite parcelle, je privilégie la réactivité des traitements en ne préparant qu'une seule bouillie pour l'ensemble du domaine.
- Désormais, je mets un TNT et un témoin avec un décalage de traitement.
Roman Ziegler

Domaine Rouvinez – Valais
Stratégie « Décaler le premier traitement » et Stratégie « Diminution des doses de cuivre »
- J'ai participé car faire des essais nous apprend toujours beaucoup de choses.
- On ne saura jamais dire avec certitude si on peut se permettre de repousser le premier traitement. Mais je pense que suivre un tel essai sur 10 à 15 ans nous donne des renseignements de grande valeur, sur la question de savoir dans quel contexte (millésime) on peut repousser d'1 ou 2 traitements. Selon mon expérience, il est quasiment toujours possible de repousser d'un traitement par rapport à nos habitudes, aussi en bio. Nous suivons les modèles de prévision sur Agrometeo.ch, Rimpro et les bulletins de saison, et nous les interprétons avec nos propres expériences locales pour décider du bon moment pour démarrer nos traitements.
- Supprimer le soufre en fin de saison par soucis des vinifications est déjà pratiqué au domaine et est valorisé auprès des livreurs de raisins. Mais ça demande d'avoir une situation très saine à la vigne !
- L'oïdium est une hypothèque, si on en a, on ne s'en émancipe pas. Nous surveillons chaque année nos foyers historiques pour ne pas être surpris par cette maladie.
- J'utilise déjà le Myco-sin avec succès en remplacement du cuivre mais pas sur l'ensemble de la saison. Je vais peut-être y arriver grâce à notre climat, sur des cépages moins sensibles comme le Gamaret.
- Ce serait bien d'avoir des TNT au niveau régional (pour décharger les vignerons de cette tâche) et qui soient suivis de près.
Emilienne et Guillaume Hutin
Domaine les Hutins – Dardagny – Genève
Départ différé du 1er traitement et basalte
Décaler le 1er traitement : On avait toujours l'impression de démarrer trop tôt et on voulait savoir où on se situe. Et puis cela nous permet de diminuer les doses de produits phytosanitaires.
Basalte : L'idée est de savoir si le basalte pourrait remplacer les engrais chimiques, surtout à la plantation. On souhaite booster les vignes et redonner de la vie au sol.
Motivation
- Essayer de nouvelles techniques nous fait avancer.
- Ces échanges avec les conseillers techniques d'AgriGenève et du FiBL, génèrent de l'enthousiasme et redynamise chacun.
- Pour nous, ces échanges avec cette dimension « Suisse » et non pas juste cantonale, nous permettent d'avoir une vision plus globale et d'avoir de nouvelles idées qui viennent à nous. Et cela nous enlève les ornières que nous avons puisque nous avons la tête dans le guidon.
- Il est primordial d'avoir des appuis et des références comme on trouve au FiBL. Avec la recherche participative, nous y contribuons. Par exemple, chez nous, jusqu'à présent c'était surtout le mildiou. Maintenant, il nous faut apprendre à gérer aussi l'oïdium. Nous avons besoin de références pour cela.
Les bénéfices de participer à un programme d'essai
- Les résultats des essais nous donnent un cadre sur la thématique étudiée dans lequel nous naviguons pour s'adapter à chaque millésime sans nous éparpiller, douter…
- Faire des essais demande beaucoup d'énergie pour être mis en place, mais ensuite nous récoltons les bénéfices de notre investissement.
- Le bénéfice premier, essentiel, est l'échange entre des personnes qui ont des compétences complémentaires.
- Faire des essais est hyper prenant mais je m'éclate à les faire. Quand j'ai un coup de moût, je vais marcher dans les vignes où nous faisons des essais et je vais mieux.
Modification des pratiques
- Chaque année on arrive à intégrer de petites modifications.
- Nous allons maintenir la présence d'un TNT par zone de sensibilité aux maladies. Cela nous permet de suivre la pression maladie, vérifier la qualité de notre pulvérisation, si la machine est bien réglée, si on a choisi les bons produits et les bonnes doses. Le TNT est un curseur.
Christian Vessaz

Cru de l'Hôpital – Fribourg
- J'ai beaucoup appris
- Les thés de compost sont difficiles à mettre en œuvre car le délai entre le choix des plantes, la confection du thé de compost et l'exigence de la réactvité dans l'application n'est pas compatible.
- L'avenir est de gérer la protection des plantes en recherchant l'équilibre acide-réduction en se repérant sur le pH, le redox et la conductivité.
- Dans 15 ans, le cuivre sera devenu plus rare donc plus cher et nous ne pourrons plus nous le payer.
David Marchand
Conseiller-chercheur en viticulture Bio au FiBL
Initiateur et responsable du projet BioViPro de 2022 à 2023
- Nous avons démarré la recherche participative en 2021 avec des vignerons-nes du canton de Genève. Devant le succès de cette initiative cantonale en termes de nombre de résultats obtenus en peu de temps et de dynamique avec les vignerons, nous avons voulu étendre le projet au niveau national.
- BIOVIPRO a permis de valoriser les essais réalisés par les vignerons, en proposant des protocoles faciles à mettre en place et valorisables scientifiquement.
- Ce projet a aussi permis de former les conseillers cantonaux à la mise en place et au suivi des essais, ainsi qu'à disséminer la recherche participative dans les autres cantons, et enfin, les connaissances acquises.
- La recherche participative permet un transfert de savoir immédiat entre les experts et les vignerons-nes, ainsi qu'entre les vignerons-nes participants et leurs confrères et consoeurs par le bouche-à-oreille.
- Le vigneron-ne vit une forme d'apprentissage en participant. Il se rend compte quels traitements ont été utiles, et appréhende ainsi mieux sa stratégie de protection d'année en année.
- Le projet a permis d'acquérir une multitude de référence et d'optimiser le conseil du FiBL et des cantons ainsi que l'expérience des vignerons en termes de protection en viticulture biologique
- Suite à BIOVIPRO, le FiBL vient de mettre en place un programme de traque aux innovations.
- Au niveau cantonal, les conseillers sont formés et peuvent continuer à suivre les essais ou à mettre en place d'autres thématiques pour acquérir des références en protection de la vigne.
Michaël Farny
Conseiller-chercheur en viticulture Bio au FiBL
Responsable du projet BioViPro de 2024 à 2025
- Le programme a été créé en collaboration avec les vigneron-nes. On est parti de leurs essais, de leurs questions, de leurs propositions. Cette démarche est novatrice en soi.
- Le partenariat a permis de mettre du lien entre la recherche et la pratique, de favoriser la collaboration et les échanges techniques.
- Les conseils de saison que nous donnons, sont aussi plus précis car nous avons accumulé de l'expérience sur toute la Suisse. Nous proposons de nouvelles choses, nous allons un peu plus loin que le conseil classique avec un programme « cuivre + soufre »..
- Le programme a mis en évidence la nécessité de surveiller le Black-rot dans les cépages robustes et le besoin de transmettre les connaissances sur l'identification et la gestion de cette maladie.
- Le projeta permis de diffuserla mise en place de TNT systématique pour les domaines et d'apprécier leseffets de leurs essais de traitements par rapport au TNT.
- Les résultats permettent de tirer des enseignements sur la conduite et, au niveau scientifique, c'était un bon vivier d'innovations incitant à réfléchir différemment et à orienter les projets futurs sur ces innovations.
Markus Rienth
Enseignant-chercheur Changins
- Le sujet principal qui préoccupe les viticulteurs et viticultrices, bien avant le changement climatique, est la réduction des produits phytosanitaires. Le programme BIOVIPROtente précisément de répondre à cet enjeu.
- Bien que le projet ait été extrêmement riche et stimulant, la diversité des situations et le nombre élevé de variables ont rendu difficile l'obtention de conclusions scientifiques univoques. Néanmoins, les résultats ont permis de dégager des pistes de solutions alternatives, susceptibles de contribuer à une diminution des intrants phytosanitaires à moyen et long terme, en particulier dans des conditions de pression fongique faible à modérée.
Clément Maggliocco

Conseiller technique viticulture Bio à l'OVV – Valais
- Cela m'a permis de créer du lien avec les vigneron-nes.
- Je suis devenu plus pragmatique. Par exemple, selon la structure de l'exploitation, il est logistiquement difficile de travailler avec du lait cru tout au long d'une saison de traitement.
- Sans TNT, lors d'années à faible pression un produit pourrait faire croire qu'il est miraculeux.
- Chaque année laisse une trace dans l'esprit des vignerons-nes qui influencera le choix de la date du 1ier traitement de l'année suivante.
- Les essais de décalage du 1ier traitement rassurent : tout ne se joue pas au 1ier traitement.
- Pour l'avenir, je souhaiterais des essais permettant de trouver un compromis entre le niveau de risque accepté (perte de rendement) et les économies de temps réalisées (égrappage).
- Grâce à ce programme, mes conseils auprès des vignerons-nes et des apprentis-es sont sur une base plus solide.